Né à Wuxi, en Chine, en 1928, Xiongquan Ding, plus connu sous le nom de Walasse Ting, fut un artiste dont la renommée reposait sur ses représentations vibrantes et colorées de femmes, d’animaux, de fleurs et d’autres éléments de la nature. Sa trajectoire artistique, tissée de rencontres et d’influences diverses, a trouvé en France un terreau fertile pour son expression unique. Après de brèves études au Shanghai College of Fine Arts dans les années 1940, Ting quitta la Chine en 1946 pour Hong Kong, où il exposa des aquarelles dans des librairies locales. En 1950, le jeune artiste embarqua pour la France, s’installant à Paris, ville lumière qui allait marquer un tournant décisif dans son parcours. Arrivé dénué de moyens et de contacts, il y vécut comme artiste fauché pendant six ans, s’immergeant dans la scène artistique foisonnante de la capitale et absorbant l’influence de l’expressionnisme occidental et de maîtres tels que Picasso.
Une figure pivotale de ses premières années parisiennes fut l’artiste belge Pierre Alechinsky, qui découvrit Ting vivant dans des conditions modestes et devint un ami pour la vie. En 1953, Ting s’associa au groupe d’avant-garde CoBrA à Paris, un mouvement qui prônait la spontanéité et l’expérimentation, des valeurs qui résonnaient profondément avec l’esprit de Ting. Cette période parisienne, bien que marquée par la précarité, fut une période d’intense assimilation culturelle et artistique.
En 1957, Ting déménagea à New York, au sommet du mouvement expressionniste abstrait, où il se lia d’amitié avec l’artiste américain Sam Francis. Cette période marqua un changement dans son style, intégrant des touches audacieuses et dégoulinantes influencées par l’expressionnisme abstrait et, plus tard, par le Pop Art. Contrairement à Paris, New York lui offrit des opportunités de peindre et de vendre son travail, lui permettant de gagner en visibilité et en reconnaissance.
En 1964, Ting publia “One Cent Life”, un livre collaboratif réunissant des lithographies de vingt-huit artistes européens et américains de premier plan, dont Andy Warhol, Roy Lichtenstein et Joan Mitchell. Ce projet, édité par Sam Francis et publié par E.W. Kornfeld, témoigne de son intégration dans le milieu artistique international et de sa capacité à créer des ponts entre les cultures artistiques.
C’est dans les années 1970 que Ting développa le style distinctif pour lequel il est aujourd’hui le mieux connu. Il utilisa les coups de pinceau de la calligraphie chinoise pour définir les formes, les remplissant ensuite de couleurs acryliques vives et plates. Ses œuvres irradient la fraîcheur, la vitalité et une couleur éclatante, capturant un monde magique et séduisant, plein de plaisirs sensoriels. Les sujets de prédilection incluent les femmes, les chats, les poissons, les chevaux, les fleurs et les pastèques, souvent peints sur papier de riz avec un travail de pinceau à l’encre énergique, superposé à des couleurs acryliques vives. Cette fusion unique entre la tradition orientale et la modernité occidentale définit l’essence de son art.
L’Influence de la France sur le Style de Walasse Ting
Le séjour de Walasse Ting à Paris fut plus qu’une simple étape géographique ; il fut une immersion culturelle qui façonna durablement son identité artistique. C’est dans la capitale française qu’il rencontra les figures marquantes de l’avant-garde, notamment les membres du groupe CoBrA, dont l’énergie créative et le rejet des conventions académiques résonnèrent avec sa propre quête d’expression. L’effervescence artistique parisienne, le dialogue constant avec d’autres artistes, et l’exposition aux œuvres des maîtres modernes, lui permirent de développer un langage visuel audacieux.
Bien que influencé par l’expressionnisme abstrait et le Pop Art lors de son séjour à New York, les fondations posées à Paris – l’association avec CoBrA, l’amitié avec Alechinsky, et l’exploration des techniques occidentales tout en restant attaché à ses racines chinoises – furent déterminantes. La palette de Ting, déjà éclatante, gagna en intensité et en liberté grâce à cette exposition aux courants artistiques européens. La France, par son histoire artistique riche et sa scène contemporaine dynamique, offrit à Walasse Ting un espace où il put expérimenter, se transformer et jeter les bases de son style iconique, caractérisé par la fusion audacieuse de la calligraphie orientale et des couleurs vibrantes de l’Occident.
Héritage et Reconnaissance Internationale
Au fil de sa carrière, Ting a partagé son temps entre New York et Amsterdam, et, à l’instar de Gauguin, a souvent voyagé à Tahiti à la recherche de couleurs exotiques qui ont profondément inspiré sa palette. En 1977, il reçut le prestigieux Guggenheim Fellowship Award pour ses dessins, reconnaissant ainsi sa contribution à l’art contemporain. Le Musée Cernuschi à Paris a d’ailleurs accueilli la première rétrospective d’envergure de l’œuvre de Ting en France en 2016, témoignant de la reconnaissance de son art sur la scène internationale.
Ses œuvres ornent les collections d’institutions majeures telles que le Metropolitan Museum of Art de New York, le Museum of Modern Art, le Guggenheim Museum, la Tate Modern de Londres, et le Centre Pompidou à Paris. Cette présence dans des musées de renommée mondiale souligne l’impact durable de Walasse Ting sur l’art contemporain et la valeur universelle de son langage visuel, célébrant la vie, la joie et la beauté à travers une explosion de couleurs.
Walasse Ting s’est éteint en 2010 à New York, laissant derrière lui un héritage artistique vibrant et coloré, une ode à la fusion des cultures et à la puissance expressive de la couleur.
